[Éditorial publié dans la revue Espaces de mars 2010] - Si revenir en vie d’une expédition est la réussite de toute aventure, survivre à l’entraînement hebdomadaire constitue (presque) une épreuve aussi difficile à surmonter. Prenez le vélo de route. Qu’est-ce qui nous pousse à vouloir aller aussi vite? Ou grimper une côte durant des kilomètres? Probablement le fait d’avoir la conscience séparée des problèmes quotidiens ou l’espoir de voir apparaître au loin la fin de l’éreintante montée. La motivation vient également de notre soif de vaincre, notre arrogance envers nos limites, notre désir d’être toujours plus fort et aussi la promesse d’une descente grisante! Plus la souffrance est grande, plus l’atteinte du sommet est divine.
Pour aller plus haut, plus loin et plus vite, il ne suffit pas d’accepter la douleur, il faut aussi l’aimer. Lance Armstrong, septuple champion du Tour de France, avouait lors de son retour à la compétition en 2009 : « Cela peut vous paraître bizarre, mais j’aime souffrir. Et si je ne prenais pas de plaisir, je plierais bagage. » Peu d’épreuves sont aussi éprouvantes que gravir une montagne sur sa bécane. Intrinsèquement, c’est aussi ce qui nous y pousse. Même sans spectateur, franchir la ligne d’arrivée imaginaire est drôlement satisfaisant. Réussir à dompter la montagne procure un sentiment de revanche, d’accomplissement et de triomphe sur tout ce qui a pu nous frustrer durant la journée, la semaine ou dans notre vie. Chaque coup de pédale vient effacer le doute et la peur vis-à-vis nos capacités. Persévérer alors qu’on a un million de raisons d’abandonner procure une joie difficile à reproduire.
Mais atteindre le but fixé requiert un engagement physique et mental. Gérer son état d’esprit devient aussi important que contrôler ses pulsations cardiaques. La montée peut être plus ardue que prévue ou même nous « botter le cul », mais nous poursuivons, inspirant et expirant au rythme des pédales, malgré la sueur qui suinte du casque, en fixant des points intermédiaires qui nous mènent toujours plus loin et nous escortent lentement jusqu’au sommet où les cuisses sont brûlantes, les poumons vidés et le corps bourré d’acide lactique.
On peut arriver au même point en course à pied, en ski de haute route ou lors d’un raid d’aventure. Peu importe le sport, la sensation finale est sublime (merci aux endorphines), mais se pousser à fond de la sorte pendant trop longtemps, sans prendre le temps nécessaire pour se reposer suffisamment peut mener à l’épuisement.
L’entraînement possède de nombreux effets positifs sur l’organisme et « le mental » : les gens sportifs dorment mieux, mangent adéquatement et sont moins portés sur les vices. Le cœur est plus fort, bat plus lentement et l’estime de soi est renforcée. Sans être des Olympiens, si la cadence devient trop intensive, les dangers se pointent inévitablement. Pour éviter le pire, il faut aimer souffrir, mais aussi le faire avec modération.

Source : Graphiques de la durée de récupération des activités physiques et sportives, inspiré du schéma de Matveiev (http://ww2.college-em.qc.ca/prof/csenecal)

